Elle n'était pas beaucoup plus grande que dans mon souvenir. En fait, je crois que c'est moi qui avais tellement grandi que mon corps était devenu, sans que je m'en rende bien compte, celui d'un homme. Aline était une jeune femme ravissante (comment aurait-il pu en être autrement, je me le demande ?). Elle avait laissé pousser ses cheveux noirs, son visage s'était allongé, ses traits légèrement durcis. Elle avait toujours un petit quelque chose de la fille un peu ronde de mes douze ans, mais ce sont surtout ses yeux, qui étaient pareils à mon souvenir. Depuis la naissance jusqu'à la décrépitude, les corps évoluent tellement qu'ils en deviennent méconnaissables. Mais les regards, eux, demeurent, comme des instants d'éternité cristallisés dans la couleur des iris, les puits vivants des pupilles... On peut reconnaître son grand-père en photo de nourrisson par son seul regard. Essayez avec les mains, les pieds ou les épaules, vous verrez bien...
La fête battait donc son plein, et cette jolie jeune femme que je n'avais pas encore remarquée, me prit par la main tendrement. Un petit regard complice. Sourire entendu. Nous n'avons pas échangé un seul mot. J'étais en train de vaciller sous le coup de ce rêve conscient, où se mêlaient trop d'émotions contradictoires pour ma pauvre petite tête qui demandait désespérément à dormir.
D'un signe de la tête, elle m'invita à nous éclipser. Sitôt dehors, Aline m'a pris par la main et emmené à l'écart. Nous avons fait un tour dans les rues, essayant de chercher un peu de tranquillité. Toujours en silence, sans parler. Mais partout, nous croisions mes chers invités. Ils étaient à chaque coin, rigolaient en nous observant, venaient discuter avec elle, avec moi... On essayait de les esquiver, en vain. Ça ressemblait à une course poursuite : pas moyen de leur échapper !
Et puis, Aline m'a entraîné dans les rues éloignées du centre. Je me contentais de suivre ses pas, tenant toujours sa main, doucement. Le talus embroussaillé, le long de l'ancienne voie ferrée, nous procura un modeste refuge. Dans les herbes et les corolles estivales, nous nous sommes allongés et, pour la deuxième fois, Aline m'a embrassé. J'étais à peu près aussi surpris, aussi heureux que la première fois, à des années de distance. Ses lèvres étaient sucrées, sa bouche chaude, sa langue experte. Je savourai longuement le goût alcalin, un peu métallique, de ses dents. Ses grands yeux clairs contenaient l'univers entier, et elle avait de ces sourires si appétissants ! Je me suis perdu un instant dans sa nuque, et nous avons roulé dans l'herbe en riant, enlacés.
L'histoire ne dit pas ce qui se passa ensuite. Je crois me souvenir que deux gamins échappés de la salle des fêtes vinrent perturber un instant ce moment délicieux. Je me suis réveillé d'un coup, dans un état de mélancolie intense. Encore plein de la joie de ce rêve, et déchiré par la séparation brutale. A mon côté dans le lit, un corps respirait.
La fête battait donc son plein, et cette jolie jeune femme que je n'avais pas encore remarquée, me prit par la main tendrement. Un petit regard complice. Sourire entendu. Nous n'avons pas échangé un seul mot. J'étais en train de vaciller sous le coup de ce rêve conscient, où se mêlaient trop d'émotions contradictoires pour ma pauvre petite tête qui demandait désespérément à dormir.
D'un signe de la tête, elle m'invita à nous éclipser. Sitôt dehors, Aline m'a pris par la main et emmené à l'écart. Nous avons fait un tour dans les rues, essayant de chercher un peu de tranquillité. Toujours en silence, sans parler. Mais partout, nous croisions mes chers invités. Ils étaient à chaque coin, rigolaient en nous observant, venaient discuter avec elle, avec moi... On essayait de les esquiver, en vain. Ça ressemblait à une course poursuite : pas moyen de leur échapper !
Et puis, Aline m'a entraîné dans les rues éloignées du centre. Je me contentais de suivre ses pas, tenant toujours sa main, doucement. Le talus embroussaillé, le long de l'ancienne voie ferrée, nous procura un modeste refuge. Dans les herbes et les corolles estivales, nous nous sommes allongés et, pour la deuxième fois, Aline m'a embrassé. J'étais à peu près aussi surpris, aussi heureux que la première fois, à des années de distance. Ses lèvres étaient sucrées, sa bouche chaude, sa langue experte. Je savourai longuement le goût alcalin, un peu métallique, de ses dents. Ses grands yeux clairs contenaient l'univers entier, et elle avait de ces sourires si appétissants ! Je me suis perdu un instant dans sa nuque, et nous avons roulé dans l'herbe en riant, enlacés.
L'histoire ne dit pas ce qui se passa ensuite. Je crois me souvenir que deux gamins échappés de la salle des fêtes vinrent perturber un instant ce moment délicieux. Je me suis réveillé d'un coup, dans un état de mélancolie intense. Encore plein de la joie de ce rêve, et déchiré par la séparation brutale. A mon côté dans le lit, un corps respirait.