J'avais évité de justesse une canette de Coca balancée par un camionneur juste devant moi. Il m'avait fallu faire un écart à 130 km/h pour laisser passer le projectile d'alu froissé qui rebondissait au ralenti, en suivant scrupuleusement la ligne blanche. Après avoir ainsi frôlé la catastrophe, j'étais encore sous le coup de l'émotion en arrivant à la maison. Aline voulait un mosquito pour l'apéro. Ça tombait plutôt bien, j'avais chaud, trempé de sueur après deux heures de bagnole en plein soleil. J'enlevai ma chemise et me mis à l'ouvrage.
Je prépare toujours le mosquito selon la recette traditionnelle. Je couvre d'abord le fond de la baignoire de cassonade, puis j'ajoute les citrons verts coupés en petits dés. Il en faut aussi une bonne quantité. J'écrase le tout avec les pieds, un peu à la façon dont on pressait le raisin des vendanges autrefois. Le sucre s'imprègne du jus des citrons lentement. Je mélange ensuite les feuilles de menthe, que j'ajoute une à une tout en continuant de piétiner. Puis il faut couvrir de glace pilée, pour remplir environ un tiers de la baignoire.
Alors, il faut verser l'hum. Bien que certains dégustent le mosquito avec un hum brun, il est de bon ton d'utiliser un hum blanc, de préférence autour de 24 ans d'âge. Ne pas utiliser d'hum de moins de 12 ans d'âge, ils ne sont pas encore bien faits. De même, se méfier de l'hum "extra-vieux" ou "vielle réserve" : après 36 ans d'âge, l'hum peut commencer à perdre en fraîcheur, en puissance et en volupté. Une fois l'hum blanc installé dans la baignoire, compléter avec de l'eau froide du robinet, et laisser reposer au moins une demi-heure avant de consommer.
J'étais surpris de me contempler ainsi immergé. La salle de bains était vraiment minuscule. La baignoire en occupait une moitié, le reste étant encombré d'un lavabo sale et ébréché, d'une petite armoire-pharmacie à miroir, d'un radiateur déglingué et d'un pèse-personne préhistorique couvert de rouille. Depuis le seuil, mon regard plongeait vers la baignoire, où j'observais mon corps glacé dont la nudité disparaissait sous les morceaux de citron vert et de menthe qui flottaient, comme des végétaux morts dans un bayou immobile. N'émergeaient des eaux figées que les extrémités de mes membres. Le plâtre des murs, jauni, s'auréolait de grandes tâches sombres d'humidité permanente. L'eau était très froide.
Sous la peau blanche, très pâle, presque transparente, mes muscles étaient contractés, rigides, et mon sexe en érection. Rigor mortis ? Pourtant, je me sentais étrangement détendu. Il y avait des traces de sang rouge et chaud sur mes lèvres, mes joues, mes mains. Je sentais encore le goût du baiser d'Aline sur mes dents. Ce bain glacé me relaxait à l'extrême, et je me trouvais très éloigné du monde. Mon esprit flottait de-ci, de-là dans la salle d'eau, voletant de l'araignée du plafond aux gouttes grises qui clapotaient sans relâche dans le fond de l'évier. Un minuscule moustique noir était posé, immobile, sur l'aile droite de mon nez.
Quand Aline m'a rejoint, la glace pilée avait presque fini de fondre et la baignoire s'était à moitié vidée (le bouchon n'était plus très étanche depuis longtemps). Mes lèvres étaient viloacées par le froid, mon corps d'une pâleur cadavérique. J'ouvrai les yeux et, sans bouger la tête, posai un regard bleu iceberg dans les prunelles bleu abysses d'Aline. Sa peau nue était dorée, sombre comme un soleil couchant, et l'eau se mit à chauffer lorsque elle plongea ses pieds brûlants dans l'eau. Elle s'installa à califourchon sur mon corps. Ses hanches et ses cuisses étaient larges, et les rebords étroits et glissants de la baignoire rendaient la position inconfortable.
Elle se pencha sur moi, lentement, et ses longs cheveux noirs enfermèrent mon visage derrière un rideau de chaleur. Ses seins lourds coulés dans le bronze montaient et descendaient au rythme de sa respiration généreuse. Un sourire carnassier illuminait ses dents. Elle se pencha un peu plus, jusqu'à toucher mon visage, et lécha le sang qui maculait ma bouche. Je fondais sous son corps.
Elle me chevaucha ainsi très longtemps, bien après que la baignoire fût complètement vidée de son eau. Enfin, elle m'abandonna gisant, inerte et flasque et brûlant de fièvre, dans un jus sirupeux où collaient des feuilles de menthe mêlée de lime en pulpe.
Le moustique à mon nez, rassasié, s'envola vers le plafond. Il fut happé par la toile de l'araignée patiente qui prit tout son temps pour le dévorer. La nuit était tombée depuis longtemps.
Je prépare toujours le mosquito selon la recette traditionnelle. Je couvre d'abord le fond de la baignoire de cassonade, puis j'ajoute les citrons verts coupés en petits dés. Il en faut aussi une bonne quantité. J'écrase le tout avec les pieds, un peu à la façon dont on pressait le raisin des vendanges autrefois. Le sucre s'imprègne du jus des citrons lentement. Je mélange ensuite les feuilles de menthe, que j'ajoute une à une tout en continuant de piétiner. Puis il faut couvrir de glace pilée, pour remplir environ un tiers de la baignoire.
Alors, il faut verser l'hum. Bien que certains dégustent le mosquito avec un hum brun, il est de bon ton d'utiliser un hum blanc, de préférence autour de 24 ans d'âge. Ne pas utiliser d'hum de moins de 12 ans d'âge, ils ne sont pas encore bien faits. De même, se méfier de l'hum "extra-vieux" ou "vielle réserve" : après 36 ans d'âge, l'hum peut commencer à perdre en fraîcheur, en puissance et en volupté. Une fois l'hum blanc installé dans la baignoire, compléter avec de l'eau froide du robinet, et laisser reposer au moins une demi-heure avant de consommer.
J'étais surpris de me contempler ainsi immergé. La salle de bains était vraiment minuscule. La baignoire en occupait une moitié, le reste étant encombré d'un lavabo sale et ébréché, d'une petite armoire-pharmacie à miroir, d'un radiateur déglingué et d'un pèse-personne préhistorique couvert de rouille. Depuis le seuil, mon regard plongeait vers la baignoire, où j'observais mon corps glacé dont la nudité disparaissait sous les morceaux de citron vert et de menthe qui flottaient, comme des végétaux morts dans un bayou immobile. N'émergeaient des eaux figées que les extrémités de mes membres. Le plâtre des murs, jauni, s'auréolait de grandes tâches sombres d'humidité permanente. L'eau était très froide.
Sous la peau blanche, très pâle, presque transparente, mes muscles étaient contractés, rigides, et mon sexe en érection. Rigor mortis ? Pourtant, je me sentais étrangement détendu. Il y avait des traces de sang rouge et chaud sur mes lèvres, mes joues, mes mains. Je sentais encore le goût du baiser d'Aline sur mes dents. Ce bain glacé me relaxait à l'extrême, et je me trouvais très éloigné du monde. Mon esprit flottait de-ci, de-là dans la salle d'eau, voletant de l'araignée du plafond aux gouttes grises qui clapotaient sans relâche dans le fond de l'évier. Un minuscule moustique noir était posé, immobile, sur l'aile droite de mon nez.
Quand Aline m'a rejoint, la glace pilée avait presque fini de fondre et la baignoire s'était à moitié vidée (le bouchon n'était plus très étanche depuis longtemps). Mes lèvres étaient viloacées par le froid, mon corps d'une pâleur cadavérique. J'ouvrai les yeux et, sans bouger la tête, posai un regard bleu iceberg dans les prunelles bleu abysses d'Aline. Sa peau nue était dorée, sombre comme un soleil couchant, et l'eau se mit à chauffer lorsque elle plongea ses pieds brûlants dans l'eau. Elle s'installa à califourchon sur mon corps. Ses hanches et ses cuisses étaient larges, et les rebords étroits et glissants de la baignoire rendaient la position inconfortable.
Elle se pencha sur moi, lentement, et ses longs cheveux noirs enfermèrent mon visage derrière un rideau de chaleur. Ses seins lourds coulés dans le bronze montaient et descendaient au rythme de sa respiration généreuse. Un sourire carnassier illuminait ses dents. Elle se pencha un peu plus, jusqu'à toucher mon visage, et lécha le sang qui maculait ma bouche. Je fondais sous son corps.
Elle me chevaucha ainsi très longtemps, bien après que la baignoire fût complètement vidée de son eau. Enfin, elle m'abandonna gisant, inerte et flasque et brûlant de fièvre, dans un jus sirupeux où collaient des feuilles de menthe mêlée de lime en pulpe.
Le moustique à mon nez, rassasié, s'envola vers le plafond. Il fut happé par la toile de l'araignée patiente qui prit tout son temps pour le dévorer. La nuit était tombée depuis longtemps.