1. Vertiges

Un soir d'été
Invité que j'étais
A une soirée mondaine
Les gens bien par dizaines
Sous les flash colorés
Dansaient, s'amusaient
Stars de la semaine
Et gens d'antenne
A moitié oubliés
Aux éclats riaient,
Et tout ce beau monde
Autour de moi tournait
Tanguait, valsait,
Dans une ronde immonde.

Je sors prendre l'air
Titubant à peine
Dans mes vapeurs malsaines
D'alcool et de haine.
Salive amère,
Je fais quelques pas
Puis à terre
Je m'effondre à plat.

Je plonge dans un rêve
D'océans arctiques
Et d'odes aquatiques
Qui m'apaise et me calme.
Je me sens pousser des palmes…
Mais le songe s'achève.
Je me relève,
Me contemple un brin.
Mon costume de lin
D'un blanc douteux,
Colle à ma peau. Mes cheveux,
Visqueux comme sève
Tombent devant mes yeux.

Je fais un, puis deux pas
Et m'éloigne de la villa
Où les enceintes crachent encore
Leur néant sonore.
Dans le noir je tâtonne
Mon vieux, tu déconnes
Me dis-je avec violence
Et mes mots résonnent
Dans ce délire absent
Emplissant le silence
De mon crâne béant.

Je parviens à la rue
D'une démarche atypique
Je navigue à vue
Dans les brumes éthyliques
Il fait noir
Et je cherche mon véhicule
Sur le trottoir
Mille fantômes me bousculent

Je ne sais trop comment
Je rejoins la voiture
L'air est chaud, oppressant
Le vent lourd me susurre
Une chanson de mort
Qui m'attire
Et m'endort
Puis je vire
De bord
En bord
Et je tombe à ses pied
Assis sur le goudron

Elle est belle à en mourir
Je voudrais lui parler
Nous nous observons
Qui est-elle ?
Je lutte… ne pas m'endormir…

Enfin, sous le ciel
Chappe de ténèbres
Vomissant deux trois mots
Comme : Salut, ça va ?
Dans un sanglot
Je me redresse vers ma
Déesse onirique
Elle, ironique
Me répond
Très bien, et toi ?