Après dix-huit heures

Des pylônes et des bobines à défiler
Des nuages blancs troublants
Des Africains qui parlent fort
Des arrêts sans aucun charme
Des talus enherbés embroussaillés
Des climatisations qui me regardent d'un air froid
Des pylônes et des bobines à défiler

par la fenêtre du train

Des tas de bois des ruines à vendre
Des passages à haut niveau
Des lycéens au bord du bac à sable
Des herbes hautes dans le vent
Des points de compostage déglingués
Des I-pod grésillants énervants
Des ciels bleus comme des chambres à coucher

par la fenêtre du train

Des hirondelles par deux
Des contrôleurs par un
Des bouleaux des hêtres des frênes
Des collines au loin
Des prés de fauche bien fauchés
Des jeunes femmes très laides très tristes
Des pollens plein l'atmosphère

par la fenêtre du train

Des routes des canaux tout droits
Des clairs obscurs forestiers
Des doigts qui fatiguent en hier
Des soleils durs à cuire
Des terminus qui n'en finissent pas d'arriver
Des robots stewarts des zombies errants
Des pylônes et des bobines à défiler

par la fenêtre du train

et la forêt partout, autour, autour de moi, sur moi, en moi, à travers moi, la forêt de demain, d'hier, aujourd'hui la forêt ma femme celle que j'aime avec qui je ne baise pas qui ne m'attends pas le soir qui sent la sueur et l'humus que je retrouve chaque matin asthmatique la forêt qui donne sa langue au bois qui s'étend diminue qui tombe gronde craque bruisse pousse éclate la forêt verdit protège brûle abrite recueille pourrit pleut parfois pas toujours deux fois mais quand même de temps en temps entend toujours entend ma voix la voie la voilà là! lactée la nuit qui tombe sur la forêt