Quatre saisons

Quatre saisons ont coulé sur moi
Comme le courant d'une impétueuse rivière
Et moi, je n'ai pas bougé
Je suis resté à la même place
Comme un rocher

Fidèle
à moi-même

Les flots en colère ont parfois emporté
Des bouts de moi en bas, vers la mer
Arraché des morceaux de pierre
Qui roulent se cognent au fond
Du lit dans le courant

Je me sens
Plus fort plus léger

Certains morceaux s'en iront jusqu'à l'océan
Lisses et rebondis comme doux galets
D'autres par les chocs en sable pulvérisés
Echoueront en plage
Sous tes pieds nus

Je me glisse et chatouille
Entre tes orteils

Quatre saisons ont coulé sur moi
Un printemps de pluies cadavériques
Un été d'horizons noyés immobiles
Un automne de violons, à pisser dedans
Un hiver de cordes sensibles

Et voilà : les primevères écloses
Qu'avons nous gagné ? perdu ? oublié ?

La rivière grosse encore charrie ses morceaux de roc
Pluie et soleil, soleil et pluie
Il fait chaud on ouvre les fenêtres on regarde le ciel
Qui est resté à la même place
Il n'a pas bougé

Fidèle
à lui-même