La chatte

Mon somptueux félin reposant de fierté
Délicieusement étendue en mon fauteuil
Un sourire malicieux scintille à ton oeil
Comme une étoile claire dans l'obscurité

Et lorsque tu t'approches à pas de velours
Compagne cruelle et tendre de mes paresses
Langoureuse tu sembles chercher les caresses
Mais si je tends vers toi la main avec amour

Tu t'enfuis aussitôt comme en riant, si belle
Dans ta robe ténèbre où tes yeux pétillent
Et ton dédain pique mon coeur tel une aiguille

Je sens au fond de moi qu'une épine tordue
Plus acérée même que tes griffes mortelles
Chaque fois un peu plus profondément me tue



Je voudrais parfois que tu me mordes vraiment
Que tu griffes, que tu lacères mon visage
Que tu sautes à ma gorge nue avec rage
Que tes longs crocs pointus fassent jaillir mon sang !

Car enfin je pourrais sortir de ma torpeur
Pour te courir après et puis te frapper fort
Te lancer à travers la fenêtre, dehors
T'abandonner en bas dans la rue qui t'apeure

Mais tu restes toujours impeccablement tendre
Joyeuse et douce et comme un chaton si légère
Ainsi mes pensées funestes ne durent guère

Et lorsque tu daignes enfin poser tes yeux
Dans mes yeux, bien plus tard, nous savons de nous deux
Lequel est maître, lequel esclave... d'attendre.