Des plaques d'égout sales et bancales
Résonnent sourdement sous mes pas
Dans ce petit matin à l'air décembral
D'une belle saison qui ne vient pas
Surpris par une espèce de giboulée
De grêle, de neige, de pluie, de mars
Mes sentiments également mêlés
Surgissent des nuages et puis s'effacent
Mais les printemps officiels de la météo
Ne compenseront jamais les défaites
Mes longs hivers sous le manteau
Que je refourgue à la sauvette
J'en ai troqué des janviers frileux
Contre des croissants de soleil malhabiles
Et j'en ai à revendre dans les yeux bleus
Des fleuves gelés immobiles
J'ai des affaires de forêts défeuillées
Je trafique aussi des pierres à fendre
Je suis prêt à vous les échanger
Contre une saison de vert tendre
Non, les printemps officiels de la météo
Ne compenseront jamais les défaites
Mes longs hivers sous le manteau
Que je refourgue à la sauvette
Je peux vous procurer en douce
De noires gerçures de contrebande
Ou des toits pleins de givre, de mousse
Contre des hirondelles en échange
Je pourrais même vous donner
Des froids mordants comme des loups
Si vous avez un lambeau d'été
A me passer autour du cou
Mais les printemps officiels de la météo
Ne compenseront jamais les défaites
Mes longs hivers sous le manteau
Que je refourgue à la sauvette
Il me reste même quelques grammes
De blizzards sur les mornes plaines
Mais j'ai vendu mon dernier drame
Contre une seule nuit romaine
J'ai offert mon bien le plus précieux
Sans me méfier à un joli garçon :
Mes lunes d'hiver et les scintillants cieux
Contre une nuit torride... de contrefaçon
Et les printemps officiels de la météo
Ne compenseront jamais les défaites
Mes longs hivers sous le manteau
Que je refourgue à la sauvette