J'ai abattu le grand tilleul
Du jardin de Mère-Grand
Ca n'était pas vraiment
Pour le plaisir, ni l'orgueil
Depuis tellement de temps
Il protégeait de ses feuilles
Des générations d'enfants
Dans la cour de l'aïeule
J'ai abattu le grand tilleul
Du jardin de Mère-Grand
Il a poussé en tombant
Un gémissement horrible
Un affreux craquement
A me retourner la bile
Puis le silence, pesant,
Quand je suis resté seul
J'ai abattu le grand tilleul
Du jardin de Mère-Grand
Il devenait avec le temps
Un danger pour tout le monde
Au premier grand coup de vent
Je l'imaginais qui tombe
Emportant un enfant
Ou le vieil épagneul
J'ai abattu le grand tilleul
Du jardin de Mère-Grand
Rien n'a changé vraiment
Mais la cour semble vide...
Le vénérable absent,
Le ciel devient livide
Immense, menaçant,
Et les nuages bien veules
J'ai abattu le grand tilleul
Du jardin de Mère-Grand
Adieu rossignol chantant
Et adieu gentils écureuils
Adieu parfum des fleurs d'antan :
Même la nature porte le deuil,
Elle emportera avant un an
Mère-Grand dans le linceul.